
Pouvez-vous nous en dire plus sur votre expérience concrète du confinement ?
Le soir, après l'annonce du confinement, j'étais en mode « Walking Dead ». Les valises faites, la voiture parée de carburant, eau, nourriture, papier toilette triple épaisseur et une machette bien affûtée, prête à assurer la survie de ma famille. Je voulais fuir la région parisienne où nous vivons actuellement et partir à la campagne. Mais pour aller où ? Et pour combien de temps ? Et surtout, ma femme, réquisitionnée pour son travail, ne pouvait pas partir avec nous... Nous nous sommes donc confinés dans notre appartement à Ville-d'Avray, une jolie banlieue située entre Versailles et la capitale. Notre appartement est au sixième étage d'une tour de dix étages. Une douzaine de bâtiments identiques, des donjons modernes, composent la très chic « Résidence des Cèdres », entourée d'arbres et de verdure, en bordure de la forêt de Fausses-Reposes et des étangs de Corot. Finalement, le quartier n'est pas si mal. J'ai vidé la voiture, rangé la machette, mais ma valise est toujours prête.
Le comportement nonchalant des gens au début du confinement m'a effrayé, nous avons donc limité nos sorties à la résidence. Mon fils peut se défouler un peu, faire du vélo ou jouer au football et nous pouvons encore ressentir les effets de ce printemps singulier sur la nature qui nous entoure.
Le virus est présent dans l'immeuble, nous savons que des voisins ont été contaminés, heureusement pas gravement. Nous sortons avec des gants et des masques et nous nous lavons les mains soigneusement en rentrant. La résidence emploie des personnes pour gérer les poubelles, le nettoyage des locaux, des ascenseurs, des escaliers et nous avons la chance de pouvoir compter sur leur efficacité et leur bonne humeur. Chaque jour, tout est propre et désinfecté, avec le sourire. Je salue ici ces personnes qui travaillent aussi pour notre sécurité et notre moral.
Quel est votre état d'esprit personnel ?
Au début, j'étais partagé entre réalité et fiction. Cette épidémie était-elle réelle ? Était-ce une grosse blague ? Était-ce le début de la fin, un virus ? Et puis, avec les mesures mises en place et l'évolution de la situation, la réalité a rattrapé la fiction. Il a fallu s'habituer à l'idée de simplement combattre ce virus en restant chez soi. Nous avons une petite maison en Corrèze, à la fois maison de vacances et atelier d'artiste, malheureusement pas encore entièrement habitable, enfin, pour ma femme et mon fils. Pas de cuisine, pas de salle de bain, pas d'eau chaude, pas d'internet.
Je devais y passer une semaine pendant les vacances scolaires afin de poursuivre les rénovations et profiter d'une semaine de solitude et de vie sauvage, essentielle à l'inspiration créatrice, une bulle hors du temps et de l'espace quotidien. Ce confinement a contrarié mes projets de solitude rurale et j'étais en colère. Il a fallu se résigner. Aujourd'hui, avec le déconfinement annoncé, c'est l'impatience qui me gagne. J'ai hâte de retrouver cette maison et son jardin, l'odeur des fleurs et de l'herbe fraîchement coupée.
J'ai besoin de tondre.
L'expérience du confinement a-t-elle un impact sur votre art ?
Ce confinement n'a pas beaucoup changé mon approche artistique. Je me confine régulièrement, physiquement et mentalement, pour produire. J'ai juste dû adapter l'organisation de mes projets à la vie de famille confinée. À Ville-d'Avray, dans l'appartement, je n'ai pas d'atelier ou d'espace dédié dans lequel je peux m'étaler et tout laisser en place le temps de la création. Je travaille dans le salon et cette pièce est également utilisée par mon fils et ma femme, tous les jours. J'avais prévu d'attaquer ma troisième sculpture robotique, mais cette activité génère des bruits et de la saleté sur une très longue période. Difficile de vivre correctement au milieu des barres d'aluminium, des rouleaux de câbles électriques et autres plastiques fondus. Je me suis donc concentré sur une activité silencieuse et propre, le dessin, et j'ai réduit ma surface de travail à la table du salon.
Pratiquez-vous votre art pendant le confinement ? si oui, pouvez-vous nous parler de vos nouvelles pièces ?
Avec ce temps disponible, j'ai enfin pu terminer une série commencée à Saint-Barthélemy. Une série de 6 toiles, format 100x100 cm en acrylique et encre de Chine, 6 plans de capitales « réécrits » dans mon langage carré rouge sur fond blanc, mettant en lumière les réseaux de communication et la disposition au sol afin de faire ressortir la structure « cellulaire » de chacune de ces villes.
Je me penche maintenant sur une série de 20 dessins à l'encre de Chine, fidèles à ma série des « Travaux Pratiques », dont l'un a été réalisé à et sur Saint-Barthélemy.
C'était une période antérieure à mes 5 ans à St-Barth, quand je vivais à Tours, partageant avec mon frère dans une maison incroyable, propice à la fête et à la création. Un moment de ma vie surréaliste et loufoque où nous nous amusions beaucoup tous les jours.
Alors, en attendant de tondre, j'ai décidé de rire un peu chaque jour en réalisant ces dessins.


