À l’origine, le luxe s’est installé de lui-même à Saint-Barthélemy, avec l’arrivée d’une première clientèle fortunée, la construction de grands hôtels puis l’installation de marques de luxe (avec des créations spécifiques).

À partir de 1957, un des illustres précurseurs du tourisme à Saint-Barthélemy est David Rockefeller. Séduit par cette île, découverte par hasard, il abandonne alors l’archipel des Bahamas, trop accessible et perdant son caractère élitiste. La position géographique de Saint-Barthélemy est intéressante : cette île du nord de l’arc antillais est assez proche des États-Unis d’Amérique. L’homme d’affaires tombe sous le charme de cette petite île, de sa campagne tropicale intemporelle. Il décide d’investir et achète des terrains en surplomb de la mer dans la partie nord de l’île. À partir de cette installation, tout un phénomène de mode va se développer dans les milieux aisés des États-Unis. Dans un premier temps, ce sont des invités qui rejoignent l’homme d’affaires dans sa jolie villa. Des hommes politiques, d’autres hommes d’affaires, des stars d’Hollywood. Et chaque année, parmi ces invités, qui constituent les premiers touristes de Saint-Barth, certains décident à leur tour d’investir dans l’île et d’acheter des terrains et des biens immobiliers. Progressivement, Saint-Barthélemy devient une destination discrète pour une poignée d’élites venues de la Côte Est des États-Unis, comme le président John Kennedy qui y passe ses vacances au début des années 1960.

C’est donc à partir des années 1960 que le processus touristique s’enclenche. Tout commence par la construction de villas privées confortables, luxueuses sans être trop ostentatoires, situées autour de la baie de Saint-Jean et le long de toute la côte nord de l’île, moins exposée aux vents. Les premiers établissements hôteliers sont créés. Très vite, les hôtels imposent leur caractère et leur originalité et les clientèles prestigieuses sont au rendez-vous pour construire et poser les bases de leur légende. L’établissement hôtelier de luxe se doit d’avoir sa propre légende. Le luxe ne réside pas uniquement dans la construction d’un décorum, la finesse et la qualité de l’architecture et des matériaux, il est choisi par des clientèles fortunées qui aiment s’y retrouver, partager des moments de vie entre elles, loin du reste du monde, loin des regards extérieurs.

Le luxe n’y était pas « bling-bling », ni vulgarité ostentatoire, mais un luxe de raffinement, d’élégance avec une touche de distinction, des services professionnels impeccables, un niveau élevé de sécurité. Le trop-plein d’argent et non l’étalage de sa richesse. Le luxe, c’est la rareté convoitée, l’accès sélectif, le produit parfait !

Extrait du rapport L’île de Saint-Barthélemy : une destination du tourisme de luxe (2014)