Michaël Gramm


Les mauvaises langues vous diront, que c'est parce qu'il n'a pas le sens de l'orientation que Michaël a choisi de vivre sur une île de 24 km² (mais celui qui n'a pas le sens de l'orientation possède souvent par sérendipité celui des découvertes... la preuve en images). Les philosophes pencheraient plutôt pour une quête accomplie de l'hédonisme. Les pragmatiques comprennent qu'à St Barthélemy (plus qu'ailleurs), il suffit de traverser la rue pour trouver un travail. Les romantiques penseront que c'est l'Amour qui l'attendait ici. Les marins n'ignorent pas que l'appel du large, comme celui des sirènes, est irrésistible (et curieusement quitter Paris après un cursus en communication visuelle n'était pas si difficile). Les immobiles imbéciles croient, comme toujours dès que quelqu'un bouge, qu'il fuit... Les artistes, eux, s'imaginent qu'il est venu pour capter la lumière si singulière des tropiques, celle qui brille avec l'éclat du mercure. Les poètes savent que l’appel souriant de sa claire étendue et les feux agités de ses miroirs dansants, la mer, magicienne éblouissante et nue, éveille aux grands espoirs les cœurs adolescents. Les psychanalystes, passionnés du divan autant que du déviant, allusionnent, conjecturent, esbroufent et divaguent sur l'univers métaphorique de l'île et sa présence en chaque être comme territoire clos ou se conjuguent, se rassemblent et se rencontrent tel le ressac, les fantasmes et les (dés)illusions d'un paradis perdu, celui que les rêveurs à distance fantasment ; mais Michaël n'a rien d'un rêveur à distance, lui ses rêves il les vit. Les mathématiciens obsessionnels pensent peut-être que c'est parce qu'en additionnant les chiffres 9, 7, 1, 3, 3 on obtient le nombre 23, neuvième dans la liste des nombres premiers, que Michaël a fait le choix ésotérique de cette collectivité d'outre-mer et pas une autre. L'ethnologue quant à lui interpréterait ça plutôt comme une allégorie sur le mythe du bon sauvage, et lui de préserver par l'image ce qui reste d'authentique sur l'île. Les nostalgiques comprennent en découvrant ses clichés qu'il est plutôt à la recherche d'un souvenir passé. Les muets ne diront rien et ceux qui le connaissent ont bien de la chance... 
Lui pense qu'il s'agit plutôt d'un concours de circonstances qui l'a conduit à s'installer ici, et aujourd'hui, à travers cette exposition, le photographe se propose de nous faire déguster la chaire tendre et sucrée de ce délicieux fruit du hasard, cueilli 13 ans plus tôt... Décidément le hasard fait bien les choses ! Alors bonne dégustation...

Sebastien, mon frère

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